Je n’étais que plaies

brûlantes, acérées, béantes. Et malgré cela je suis encore.

Cela n’a donc pas suffit à me détruire, en tous cas à me faire disparaître. Les Dieux dans leur grande clémence, n’étaient visiblement pas prêts à me perdre ! C’est un détail… certes.

N’ai je  donc pas crié suffisamment fort pour que l’on m’entende?  J’ai du marmonner dans ma barbe, puis me taire, comme à l’accoutumée. Lancer une bouteille à la mer, dans les flots déchaînés, brisée à la première vague rebelle, pour une plainte c’est franchement loupé.

A supposer que le cri fut entendu, quelle aurait été l’issue ? Difficile à dire, tant la surdité du monde, chaque jour plus exacerbée, porte à croire que l’indifférence n’aurait eu aucun mal à gagner la bataille.  Existe t il encore quelques coeurs attentifs aux désespoirs manifestes et aux désarrois subtils, suffisamment altruistes pour écouter ?

A cinquante euros la séance, c’est aisé. En ce qui concerne la gratuité du « service », vous ne m’oterez pas de l’idée que la tendance est plus à la fuite et au désintérêt.

 

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Sous la surface

 

Dans la lagune, légère comme une enclume, je bulle. Je respire encore et dès l’aurore, le monde s’offre. Il m’est difficile de vous dire si cela est mieux ou bien pire, je m’applique, je respire.  Ici sous la ligne, la flottaison imprime un mouvement intime qui change avec les saisons. Ce n’est ni raisonnable, ni complètement à la marge, le tangage à ses raisons… Je ne tourne plus les pages, mon histoire s’écrit sans laisser de traces et c’est bien mieux comme ça. Je rencontre des ailleurs qui m’enchantent, pour certains je trouve étrange qu’ils soient encore si présents. Il y a des jours où je rêve de banquise, d’infini et d’espace, d’une forme de vide.  Une envie irrésistible de landes vierges et désertiques, comme une page blanche qui s’affranchirait des vieux millésimes et serait à conquérir. Une bouffée d’air pur qui m’insufflerait un nouveau rythme.  Cela est probablement la suite logique, la façon didactique de se remettre en piste lorsque les souvenirs résistent. Bien sur, quelques fois  il est tentant de prendre la fuite. Mais même si au début les rouages grippent, ce n’est  pas si désagréable de déraper une fois ou deux. L important est de rester en piste…

November

 

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Un temps de novembre qui s’accroche aux branches effeuillées, un temps passé. Des forces obscures qui viennent encore roder autour de la lagune, c’est souvent pathétique et inapproprié. Décalé. Comment conjuguer ces moments en suspens avec ceux du présent, ceux qui pèsent dans la balance lorsque tanguent les sentiments. Ils sont comme la nuance d’une couleur que l’on ne verrait pas s’ils n’avaient pas existé, alors comment les taire ?

Rationnellement, je ne veux pas l’entendre, car il n’y a d’entendement dans ce flou éphémère qui dure infiniment. Alors, disons que j’obtempère, gracieusement, à l’ordre qu’ils vocifèrent, en dedans. Un renvoi d’ascenseur en somme, pour toutes ces quantités de choses qui s’envolent avant même d’avoir été frivoles.

Lui

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Etait ce il y a quelques jours où bien seulement quelques heures ?

Remonter le temps je n’ai jamais su faire. Mes souvenirs s’évitent :anarchiques. Cela fait un bon moment qu’ils n’envisagent plus de construire. L’imprécision m’avantage, m’épargne les disgrâcieux détails, ménage ma si précieuse image. La réalité, je m’en accomode. Elle va, vient, s’érode. L’histoire que je fais mienne élabore des théories, échafaude les plans de mes chateaux en Espagne, nourrit mon personnage.

Je n’avais pas de vie avant elle. L’empathie me fuyait comme la peste et l’intérêt que j’inspirais parfois, n’avait rien de glorieux, croyez moi !

Je répètais à l’envi que je n’en avais rien à faire de ce que me réservait le sort, même s’il était cruel, que je me battais fort, que j’avancais quand même. J’étais le seul qui y croyait, ça fait peu tout de même. Fier et orgueilleux te tout mon être.

Je l’ai croisée, entre ses lignes de mire, dans un camp retranché qui enfermait ses espoirs déçus, ses renoncements et une bonne dose d’humour sur ses hésitements. C’est con à dire, mais, je me suis perdu lorsque je l’ai trouvée, ma bouffée d’air pur, mon imaginée. Moi le roi des mythos, soudain par le mensonge révolté, je ne savais que faire… j’ai perdu pied. Soudain je me voyais percé à jour par sa stupéfiante accuité. Aucun de mes travers et de mes attitudes n’échappait à son regard aiguisé. Démasqué. Pas si aisé de continuer le jeu des faux semblants.

Je me suis fourvoyé dans des silences qui masquaient mal ma peur d’approcher l’enchantement. Je n’osais franchir le pas de la sincérité, avancer sans armure et sans calcul me mettait mal à l’aise, j’hésitais. Pas facile de n’être que celui que l’on est. Entre le confort d’une histoire joliment inventée et la vérité crue d’où l’on s’est échappé, la peur est, sans nul doute, la pire alliée.

Franchir le pont, un risque qui me tentait, mais pas suffisamment fort pour y céder. J’ai toujours eu beaucoup de mal à gérer mes réalités.

Depuis elle, le temps n’a cessé de passer. Arythmique et désanchanté…

Pfffffff

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Ce que la pause impose n’est pas tant l’arrêt qu’une forme d’avancée intérieure – le tout étant d’en sortir !
….

Au bout du compte il n’est pas si impossible de vivre sans. Cela est simplement plus périlleux. Il s’agit de maîtriser ce fragile équilibre entre des émotions contradictoires qui nous prennent à la gorge lorsque le vide est partout et que la tentation de replonger paraît la seule issue.

Fatalement ‘par ici la sortie ‘ devenue voie royale de tous les évitements, c’est pratique, tranchant et vif. Ca pique un peu…forcément quand on déchire ce n’est pas ce que l’on fait de plus subtil-mais il faut bien en découdre à un moment où un autre si l’on veut changer les choses.
L’avancée a donc un prix pour les uns et des coups pour les autres. Fragile équilibre vous disais je !

Apprendre

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De mes peurs, de mes limites mais surtout de ma résistance.
Il est temps. Temps d’en extraire la substantifique moelle d’y croire et d’entendre.

Confronter mes rêves à ce que j’en ai fait. Arrêter le supplice des répliques tectoniques de ces bases bien loin d’être fondatrices.  En rire.

Réagir sans rugir, fixer les éléments du désir et mûrir. Rares sont les soupirs définitifs…respire !!!

Voir plus loin, vers demain.

Aller de l’avant

 

« Aller de l’avant c’est vivre. Sauf au bord des falaises. »

Sylvain Tesson.

(Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages)

 

falaise de glace

Il y a au fond de chacun d’entre nous une force insoupçonnée, tapie dans l’ombre, prête à jaillir comme à rompre en une fraction de seconde. Elle attend l’heure dite, le point de chute qui précipite, là, en repli en coulisses. De basses manœuvres en visées de tireur d’élite, nombreux sont les chemins qui l’expliquent, mais aucun de nous ne sait véritablement pourquoi ou comment se produit le déclic.

Et dans notre vie qui ne tient qu’à un fil, voilà que soudain s’exprime cette force vive, tirée de sa retraite par le fameux marionnettiste aux scénari qui exigent d’avoir voix au chapitre. La voilà qui explose façon apothéose, s’appliquant à attacher aux hommes et aux choses un parfum d’overdose.

Pourquoi faut il en arriver à cette extrémité pour que la vérité de la vie nous soit ainsi révélée, comme une gifle.