Tendance(s)

Depuis que je confine aussi gaiement que possible, de loin, je les observe : ils s’agitent ! Enfin ! Ce satané virus aura au moins le mérite de rendre leurs couleurs à nos chefs de projets émérites.

Désormais investis d’une « mission » de la plus haute importance, ils courent partout et bien trop souvent, dans tous les sens. Leurs bureaux se divisent en agences, ils déplacent les meubles, se recentrent. Pour une fois, l’aménagement et la décoration viennent redonner du sens …c’est étrange. Voilà que nos agents se plient de bonne grâce aux nouvelles exigences de plus de  proximité et de beaucoup moins de silence. L’espace collaboratif : une évidence ! De toutes les façons, l’espace, le confort, la distance,  bientôt ne seront plus un sujet, puisque nous allons travailler en mode « délocalisé ».

Les équipes re-formatées suivent les nouveaux stratèges. L’opportunisme est partout. C’est habituel chez lui, il  se révèle souvent en temps de guerre. Pendant que les cerveaux s’échauffent et fomentent des ambitions pas toujours très nobles, l’urgence frappe (enfin) à notre porte.

La clameur du dehors dit on , nous exhorte à devenir les meilleurs et à supplanter tous les autres. A quel prix ? Qu’importe ! Il s’agit de montrer ce(ux) que nous sommes ! Ce virus, et c’est terrible à dire, est une chance de prouver notre utilité et si possible en prime, l’immense supériorité de nos équipes. Ce n’est pas très politiquement correct, alors on va soigneusement éviter de le dire. Les réelles ambitions sont habilement camouflées. Elles flottent pourtant tout près, sous la surface, à peine immergées, accessibles à qui sait décrypter.

La crise autorise tout…ou presque. Aucun principe ne résiste à sa conquête. La hiérarchie s’affranchit des protocoles, bientôt on se tapera tous sur l’épaule ! Le chef lui même ne fait plus tant de manières. Les managers ont la vie belle, ils accumulent les « post » sur le web. Jamais ils n’ont autant loué la ferveur de leurs équipes devenues « spécialistes de la crise » , compétentes et utiles. Vous savez celles qui pédalent si souvent dans la semoule tandis que les chefaillons déblatèrent sur « le pourquoi du comment il faudrait faire pour sortir le gâteau du moule » ! Aujourd’hui, ils parlent d’elles ! Ne rêvez pas tout de même. La seule ambition de cette délicatesse, consiste à parler d’elles pour mieux faire parler d’eux.

C’est plutôt gai finalement tout cela. Il y a bien longtemps que l’on avait pas ri ensemble.  La franche camaraderie n’est elle pas censée ré-unir les hommes. Dans les équipes beaucoup marmonnent qu’on oubliera bien vite ; la crise passée, ce qui voulait nous unir et continuera de nous séparer.

En réalité, le jeu se joue bien au delà de notre petite sphère. Nous n’inventons rien de bien nouveau, nous ne sauverons pas la planète. A peine faisons nous revivre un projet mis au point naguère, par un visionnaire passionné. Tout le monde l’a oublié. C’est probablement pour la bonne cause, ne nous a t-on pas ressassé mille fois qu’il fallait passer à autre chose !

Cette période transitoire restera dans nos mémoires. Certains voudraient  nous faire croire, qu’elle cimentera nos liens, qu’elle sera toute notre histoire. Il y a bien peu de chance que cela n’advienne. Chacun de nous en tirera ses propres leçons et d’aucun quelques promotions. Leur seul mérite pourtant : avoir fait ce que l’on attendait d’eux, guerre ou pas guerre.

Peu d’entre eux auront la victoire modeste. L’humilité hélas ne fait plus recette. Même exsangue, le monde trouve l’arrogance beaucoup plus tendance…

Comme un long dimanche sans fin

Etrange sensation du jour qui se répète sans cesse. Il s’agite tel le mouvement de la pendule, immuable, éternel. Au dehors, la lumière est trop pale, trop sereine. D’ordinaire on la remarque à peine sous les flonflons de la fête. Pris dans cette lenteur peu coutumière, nous découvrons peu à peu les contours du si joli piège.

Autour de nous la vie s’arrête. Rien n’est pareil. Du matin au soir, nulle tempête… la lenteur se fait reine. Ce calme absolu que l’on trouvait si chouette… Avant que la chape de plomb s’immisce dans chacun de nos gestes, détruise nos hardeurs, même les plus téméraires. Le temps est un rôdeur, tel un prédateur, il nous entoure, il veille.

Ces journées ressemblent aux dimanches qui se traînent. On les attend de pied ferme, on rêve de leur douceur, de leur futilité, on se plait à les imaginer comme des tableaux champêtres aux couleurs un peu surannées. Et lorsque leur fadeur soudain se révèle… tout est gâché.

abSTiNENCE

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Ce confinement met l’esprit et les chairs en jachère. Au début il offre un temps de repli, d’évitement, puis génère une colère qui tourne à l’envoûtement.  Fameux stratège il opère sournoisement, jusqu’à nous prendre en traître nous privant peu à peu du moindre mouvement. La liberté d’aller et venir est résolument obsolète : c’était mieux avant !

 

Always

Je le vois s’extraire et fuir, éviter la lumière, partir. A quoi donc ont servi tous ces cailloux que j’ai semés sur la route, tout autour de nous ?

Entre nous il dessine cet espace que plus personne ne déplace, celui qui enfouit dans la nasse même les plus beaux jours.

Ce choix quoi qu’il lui en coûte est celui du Roi des déroutes. Savoir qu’il n’ôtepas les doutes ne console pas.

Si cette ligne de conduite jamais ne s’épuise, l’avenir qu’il dessine brise une à une les digues.

Aucune histoire n’y résistera.

Il était une vie

Il était une vie… Semblable à tant d’autres. Ordinaire, basique, minimaliste. Une vie recroquevillée, étouffée, bâillonnée, une vie hors la vie.

Cela est arrivé sans en avoir l’air, un jour l’oxygène a manqué et l’atmosphère soudain devint bien moins légère ; elle se fit  oppressante, casanière. Le temps que l’on y prenne garde, la vie avait cessé, comme un bus au terminus stationné. Fini le bruissement des feuilles sous le souffle du vent. Arrêt des machines, statu quo, ne restait que le vide entre les lignes. L’infini des possibles n’était qu’une image lointaine, un souvenir du temps où le cœur battait encore pour soi, quelque chose ou quelqu’un.

La vie soupirait. Amorphe et apathique. La plénitude du vide s’accrochait à chaque instant, incessante,  envahissante, écrasante. Improductif état de ce qui ne génère rien, n’engrange pas et finit sans valeur, importance ou intérêt. Une mélodie sans tempo, aux notes silencieuses, une boucle, un éternel écho.

C’est ainsi qu’elle s’est fanée, en toute simplicité au fond, dans ce dernier soupir qui clos si bien les choses lorsqu’il en manque trop. Un point final fatal. Rideau !

Je n’étais que plaies

brûlantes, acérées, béantes. Et malgré cela je suis encore.

Cela n’a donc pas suffit à me détruire, en tous cas à me faire disparaître. Les Dieux dans leur grande clémence, n’étaient visiblement pas prêts à me perdre ! C’est un détail… certes.

N’ai je  donc pas crié suffisamment fort pour que l’on m’entende?  J’ai du marmonner dans ma barbe, puis me taire, comme à l’accoutumée. Lancer une bouteille à la mer, dans les flots déchaînés, brisée à la première vague rebelle, pour une plainte c’est franchement loupé.

A supposer que le cri fut entendu, quelle aurait été l’issue ? Difficile à dire, tant la surdité du monde, chaque jour plus exacerbée, porte à croire que l’indifférence n’aurait eu aucun mal à gagner la bataille.  Existe t il encore quelques coeurs attentifs aux désespoirs manifestes et aux désarrois subtils, suffisamment altruistes pour écouter ?

A cinquante euros la séance, c’est aisé. En ce qui concerne la gratuité du « service », vous ne m’oterez pas de l’idée que la tendance est plus à la fuite et au désintérêt.

 

Sous la surface

 

Dans la lagune, légère comme une enclume, je bulle. Je respire encore et dès l’aurore, le monde s’offre. Il m’est difficile de vous dire si cela est mieux ou bien pire, je m’applique, je respire.  Ici sous la ligne, la flottaison imprime un mouvement intime qui change avec les saisons. Ce n’est ni raisonnable, ni complètement à la marge, le tangage à ses raisons… Je ne tourne plus les pages, mon histoire s’écrit sans laisser de traces et c’est bien mieux comme ça. Je rencontre des ailleurs qui m’enchantent, pour certains je trouve étrange qu’ils soient encore si présents. Il y a des jours où je rêve de banquise, d’infini et d’espace, d’une forme de vide.  Une envie irrésistible de landes vierges et désertiques, comme une page blanche qui s’affranchirait des vieux millésimes et serait à conquérir. Une bouffée d’air pur qui m’insufflerait un nouveau rythme.  Cela est probablement la suite logique, la façon didactique de se remettre en piste lorsque les souvenirs résistent. Bien sur, quelques fois  il est tentant de prendre la fuite. Mais même si au début les rouages grippent, ce n’est  pas si désagréable de déraper une fois ou deux. L important est de rester en piste…

November

 

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Un temps de novembre qui s’accroche aux branches effeuillées, un temps passé. Des forces obscures qui viennent encore roder autour de la lagune, c’est souvent pathétique et inapproprié. Décalé. Comment conjuguer ces moments en suspens avec ceux du présent, ceux qui pèsent dans la balance lorsque tanguent les sentiments. Ils sont comme la nuance d’une couleur que l’on ne verrait pas s’ils n’avaient pas existé, alors comment les taire ?

Rationnellement, je ne veux pas l’entendre, car il n’y a d’entendement dans ce flou éphémère qui dure infiniment. Alors, disons que j’obtempère, gracieusement, à l’ordre qu’ils vocifèrent, en dedans. Un renvoi d’ascenseur en somme, pour toutes ces quantités de choses qui s’envolent avant même d’avoir été frivoles.

Lui

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Etait ce il y a quelques jours où bien seulement quelques heures ?

Remonter le temps je n’ai jamais su faire. Mes souvenirs s’évitent :anarchiques. Cela fait un bon moment qu’ils n’envisagent plus de construire. L’imprécision m’avantage, m’épargne les disgrâcieux détails, ménage ma si précieuse image. La réalité, je m’en accomode. Elle va, vient, s’érode. L’histoire que je fais mienne élabore des théories, échafaude les plans de mes chateaux en Espagne, nourrit mon personnage.

Je n’avais pas de vie avant elle. L’empathie me fuyait comme la peste et l’intérêt que j’inspirais parfois, n’avait rien de glorieux, croyez moi !

Je répètais à l’envi que je n’en avais rien à faire de ce que me réservait le sort, même s’il était cruel, que je me battais fort, que j’avancais quand même. J’étais le seul qui y croyait, ça fait peu tout de même. Fier et orgueilleux te tout mon être.

Je l’ai croisée, entre ses lignes de mire, dans un camp retranché qui enfermait ses espoirs déçus, ses renoncements et une bonne dose d’humour sur ses hésitements. C’est con à dire, mais, je me suis perdu lorsque je l’ai trouvée, ma bouffée d’air pur, mon imaginée. Moi le roi des mythos, soudain par le mensonge révolté, je ne savais que faire… j’ai perdu pied. Soudain je me voyais percé à jour par sa stupéfiante accuité. Aucun de mes travers et de mes attitudes n’échappait à son regard aiguisé. Démasqué. Pas si aisé de continuer le jeu des faux semblants.

Je me suis fourvoyé dans des silences qui masquaient mal ma peur d’approcher l’enchantement. Je n’osais franchir le pas de la sincérité, avancer sans armure et sans calcul me mettait mal à l’aise, j’hésitais. Pas facile de n’être que celui que l’on est. Entre le confort d’une histoire joliment inventée et la vérité crue d’où l’on s’est échappé, la peur est, sans nul doute, la pire alliée.

Franchir le pont, un risque qui me tentait, mais pas suffisamment fort pour y céder. J’ai toujours eu beaucoup de mal à gérer mes réalités.

Depuis elle, le temps n’a cessé de passer. Arythmique et désanchanté…

Pfffffff

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Ce que la pause impose n’est pas tant l’arrêt qu’une forme d’avancée intérieure – le tout étant d’en sortir !
….

Au bout du compte il n’est pas si impossible de vivre sans. Cela est simplement plus périlleux. Il s’agit de maîtriser ce fragile équilibre entre des émotions contradictoires qui nous prennent à la gorge lorsque le vide est partout et que la tentation de replonger paraît la seule issue.

Fatalement ‘par ici la sortie ‘ devenue voie royale de tous les évitements, c’est pratique, tranchant et vif. Ca pique un peu…forcément quand on déchire ce n’est pas ce que l’on fait de plus subtil-mais il faut bien en découdre à un moment où un autre si l’on veut changer les choses.
L’avancée a donc un prix pour les uns et des coups pour les autres. Fragile équilibre vous disais je !