Impressions fugitives du bord de mer…

Copyright One day – Iles de Lérins avril 2020

C’était le temps des utopistes ! Les rêveries allaient bon train. Une phrase sibylline suffisait à offrir un festin. Je me régalais de tes lapsus et de tes « j’en suis certain ! ».

Ailleurs le soleil brillait encore, sans aucun doute mais ici la lumière irradiait bel et bien ! L’éclairage futur pourrait bien nous donner tort, peu importait d’imaginer ou pas une suite il s’agissait d’habiter le décor. Des vagues de brume de nos heureux matins aux halos de nos crépuscules aventureux, rien ne valait mieux que la douceur de ces rivages sublimes et nos sourires radieux. Tu retrouvais tes terres Saintes et les ravissants souvenirs qui précédaient nos lendemains. Tes voeux les moins pieux se joignaient à ma frivolité vagabonde. Qu’espérer de mieux ?

La vie se vivait aux heures claires du printemps, sous des auspices on ne peut plus langoureux. A l’abri du jugement du monde et des yeux trop curieux il était si facile d’être simplement nous deux. L’accord parfait n’aurait pu se jouer mieux qu’en ce lieu sans artifice et d’une beauté sauvage digne des Dieux. J’éprouvais le frisson de l’éphémère sortilège propre aux amoureux. Tes passions intimes résistaient peu…

Les césures…

Il est des temps où notre existence change de rythme. Où elle impose un changement brutal dans nos habitudes, nos projets, un revirement, une remise en question, un point d’arrêt. Comment faut il l’interpréter, comment en tirer profit ?

Je suis particulièrement sensible et intéressée par les points de rupture. Certains parlent d’accidents de la vie (souvent quand cela leur arrive) de choix de vie (lorsqu’ils s’en sont sortis)… Souvent ils renvoient à la question du pourquoi (« moi », le plus souvent) et rapidement qualifiés d’injustice, de la faute à pas de chance, voire de punition divine (pour ceux qui ont encore la foi :)) ! Sous cet angle je ne suis pour ma part, pas convaincue que la recherche inlassable d’une bonne ou mauvaise raison soit la meilleure chose à faire. Je m’explique : monter sur une échelle bancale et en tomber… la raison de la chute me paraît évidente, un « simple » lien de cause à effet. Ce qui m’interroge c’est plutôt le message qu’il faut y voir, comme une sorte de leçon de vie au sens philosophique.

Quel enseignement puis-je tirer de cet « avertissement », de quelle façon d’appréhender l’existence, que dois je modifier ou abolir pour continuer, quel nouvel éclairage se pose sur le chemin restant à parcourir ? Matériellement une fois tombée de l’escabeau, vexée au mieux et percluse de douleurs au pire, j’imagine que la leçon sera d’être plus prudente la prochaine fois ! Mais au delà de ça que dit ma chute ? Pourquoi arrive t elle vraiment à ce moment si j’ai l’habitude de l’ escalade et si je maîtrise parfaitement l’instabilité ?

En ce qui me concerne, chute après chute 🙂 je cherche à décrypter. Un arrêt est forcément le signe « avertisseur » d’une nécessaire prise de conscience, une alerte sur une façon de vivre et/ou d’envisager de survivre. Oui j’ai perdu l’équilibre mais qu’est ce qui a fait que justement aujourd’hui je n’ai pu me rattraper ? Pourquoi mon instinct ne m’a pas retenue de gravir ce maudit perchoir ? 🙂

J’ai beaucoup écouté les blessures, les coups du sort, les rémissions de chacun. J’ai pu remarquer qu’aux premiers moments de la chute il y a souvent une véritable prise de conscience et une leçon tirée. Un enthousiasme, un choix qui parait si évident, une motivation. Parfois tout ça disparaît, une fois sorti d’affaire beaucoup perdent la mémoire, trois petits tours et puis j’oublie. Pour d’autres c’est tout le contraire, le « message » semble être plus que passé, et abat tout sur son passage, c’est une révolution ! Rien ne résiste au séisme, tout »doit » être repensé, re-bâti !!! Paradoxal, surprenant, instructif et si « personnel ».

Je suis toujours surprise de ce que l’on fait ou pas des aléas de notre vie. Quand j’en subi, comme chacun d’entre nous, je peste, j’enrage, je maudis et puis je tente de trouver le sens qui manque à ma vie.

Et vous, qu’en pensez vous ? Qu’en faîtes vous ?

Comme une baleine hors de l’eau

Credits photo : One day

Ne vous êtes vous jamais sentis comme un cétacé échoué sur la plage ?

Souvenez-vous, cette sensation d’être presque à la bonne place, à peine trop loin mais suffisamment. Sentant confusément que vous n’êtes pas les seuls à le penser, d’autres l’ayant remarqué bien avant vous. Strictement incapables d’y changer quoi que ce soit ! C’est pourtant pas faute d’avoir essayé l’adaptation par mimétisme appliqué, ni faute de sourires appuyés. Rien n’y a fait. Depuis que vous avez rejoints la salle vous tanguez désespérément comme l’unijambiste de service tremblotant les doigts crispés sur sa coupe pétillante (elle) qui, et ce sera bien la seule, lui tiendra compagnie au pied levé !

Malaise assuré pour la soirée, angoisse enveloppante et souffle coupé. Pourtant si près d’y être, puis soudainement inapte à se fondre dans l’espace accordé. En avoir rêvé, tant de fois peut être, pour en cauchemarder en pleine réalité !

Pas de vaine, personne pour vous repêcher. Il ne fait pas bon être hors du cadre en société. Le groupe, espace protégé s’il en est n’a pas vocation à vous faciliter la tâche. Il aurait même plutôt tendance à rejeter. Par peur de perdre ses critères ? Peur de se dissoudre sous l’effet de singularités multiples et hétérogènes, pour cause de particularités ? Comment penser qu’une seule personne pourrait mettre en péril ce bel équilibre formaté ?

Etranges communautés d’appartenance qui aiment à se dire ouvertes et métissées mais qui peinent à faire une place à la nouveauté. Qui s’empressent de perdre l’éléphant dans le magasin de porcelaine niant l’y avoir invité. La carte du club, ce n est pas pour tout de suite, si vous voyez ce que je veux dire.

Alors on plonge ?

Loin

De moi l’idée de t’abandonner à ton triste sort. De te laisser parcourir seul, la fin du voyage. De te voir englué dans l’incertitude et la rage de te retrouver seul. Je n’ai pas voulu cette nouvelle épreuve et encore moins envisagé qu’elle fut possible. Elle nous oblige, nous rend dépendants. Rien ne nous permet de revenir en arrière. Nous sommes ses jouets soumis et a merci. A quoi bon se battre sans arme ni chance de succès. S’agiter tempêter, geindre, crier justice ou vengeance… rien n y ferait.  J’accepte, je laisse couler.

Tu crois que je te fuis, voire que je m’enfuis. Tu me rejettes la faute  crois que j’invente des alibis. D’aucun doute je ne bénéficie, tu es sans doute droit dans tes bottes pour penser ainsi. Du moins le dis tu. Je ne souhaite pas argumenter parce qu en soit tout cela me désole et ce ne serait encore qu’augmenter le prix du désordre. Peux tu entendre mon parti pris ?

Oneday

Ce que l’on fait de nos vies…

Je suis d’accord pour considérer que nos destins diffèrent et que nos chances nous appartiennent. Je crois en la vérité de l’affirmation de ce bon vieux Monsieur Arthur (Schopenhauer) : le destin distribue les cartes mais nous jouons !

C’est croire à l’égalité des chances et à la fabrication de notre propre devenir. Ne pas s’en remettre à la fatalité réfractaire et accuser la faute à pas de chance, nos origines où je ne sais quel autre facteur aggravant. Je veux bien reconnaître l’existence de différences, de passages privilégiés, de facilitateurs mais je n’oublie pas une chose : personne ne devient sans volonté. Les refuges de celles et ceux qui se croient mal nés ne sont que des subterfuges pour s’exonérer de ne pas avoir envie de devenir.

L’histoire nous fournit depuis que l’homme est sur terre tellement d’exemples de foutus caractères, qui ne s’en sont pas laissé conté et qui ont écrit le roman d’un vie que beaucoup n’oseront jamais ne serait ce qu’envisager. Le désir, l’acharnement, le coeur et l’envie sont a même de porter les plus audacieux des projets. Ils battissent les légendes et rendent tout homme décidé : bien né.

Personne ne prétend que c’est aisé, seulement que ce n’est pas impossible, qu’il n’y a pas de pré carré pour celui qui veut y accéder.

Je me désole de cette « mode » qui ne cherche qu’à déresponsabiliser et à tout excuser. De celles et ceux à qui l’on a de cesse d’offrir des chances et qui prennent l’air dégoûté, en privant au passage ces autres « les favorisés ».

Cela vous paraîtra sans doute désuet voire complètement rétrograde, mais le « mérite » je trouvais ça égalitaire comme idée.

Je rêve de voyages…

L’espace me manque et souvent je repense à tous ces lieux ou l’horizon ne semblait avoir aucune limite. Ces heures souveraines ou je pensais sans nulle autre contrainte qu’à d’être dans l’instant et en profiter pleinement. Sans couvre feu et sans attestation qu’il était de bon de s’échapper du quotidien et de visiter le monde à la petite semaine avec pour objectif de le faire à en perdre haleine sans jamais ne rendre de compte à quiconque.

C’est toujours une fois le bonheur consommé que l’on se reproche de n’avoir pas assez profité. Cloîtrée dans mon antre, l’aventure et l’ailleurs manquent cruellement à mon quotidien et ce ne sont pas ces quelques jours de congés au rabais qui vont me consoler.

Je dois me contenter de vagabondages étriqués et souvent un peu stériles ce qui ne m’emballe pas outre mesure.

J’espère que vous en tirez mieux que moi et que vous avez trouvé des sources de petits bonheurs pour vos journées.

Lou, y es tu ?

La torture c’est le silence. Il n’y a là aucune demi-mesure possible. Comment « exprimer » la douleur quand les mots sont impuissants à en décrire l’intensité ?

Lentement le poids s’est insinué dans chacun de mes gestes. Tout en moi était de fait relié à ces événements aussi traumatisants qu’indicibles et dans lesquels je me noyais. Ankylosée, incapable d’en supporter plus, de produire le moindre mouvement de rébellion ou de défense . Je survivais sans demander mon reste.

Momifiée dans ce silence, je résistais timidement et presque à contre coeur à l’envie de ne plus avoir envie d’éprouver quelque sentiment que ce soit. Se faisant, m’isolant de tout et de tous, il me semblait que je souffrirai moins et que peut être j’irai mieux.

Je me cachais, tout autant que je taisais aux autres, la raison de cet état post traumatique, désireuse de tuer dans l’oeuf le moindre de son souvenir. Mais me taire c’était encore bien trop en souffrir.

On m’incita à me défaire des affres de ma peine en prenant la parole, en expliquant haut et fort d’où elle provenait. Mes mots échouaient sans cesse à convoquer l’horreur comme on lui redonne vie, j’étais incapable de raconter l’objet du délit.

Ce sont mes mains, qui les premières ont pu dire ce qu’il en était. Elles se sont tendues timidement d’abord puis plus volontaires ensuite, puis définitivement sûres d’elles. Enfin mon corps ré-appréhendait la matière. Redonnant à mon silence une forme de légitimité. S’annexant rapidement le droit de dire ce qu’elles savaient, elles laissèrent échapper le secret tout en le muselant sous la glaise.

L’atelier de sculpture devint peu à peu mon refuge communautaire. Au milieu d’entre tous mais étrangère aux autres je me laissais convaincre par une audace soudaine et toute à fait nouvelle. Puisqu’il fallait en sortir, qu’importait au final la manière, il suffisait de dire, l’exposition ferait le reste.

La beauté de l’art, c’est la liberté d’être. Aucun jugement, précepte ou règle, ne m’était plus imposé : le beau est partout à qui sait le reconnaître. Je n’avais plus à éprouver de honte, il me suffisait d’être et de modeler comme il me semblait bon. Même si cela signifiait ressentir à nouveau, s’ouvrir à la perception des choses, c’était également les mettre à distance. Je me rendis rapidement compte qu’au bout de mes mains c’était suffisamment loin pour que cela prenne une consistance intéressante.


C’est ainsi que naquirent mes statuettes. Icônes irrévérencieuses elles affichent ostensiblement leur féminité et quelques indécences sans jamais se départir d’une certaine pureté. Mélangeant habillement l’art et la manière d’être en société « politiquement correctes » et une totale indécence en révélant les maux cachés, les blessures infligées et tout le reste. La vérité n’étant pas dans ce qui est immédiatement visible, sauront ceux qui prendront la peine de bien les observer.

C’est dans cette forme de représentation de soi que ces femmes d’argile s’exposèrent bientôt à la vue et au su de chacun, dans un long cri de douleur qui semblait infini et avait eu le don de me rendre à la vie. Ainsi modelée, mon histoire s’affichait ouvertement, enfin je parlais. Mon histoire intime et si particulière devenait celle de tous et d’une certaine façon universelle.

Librement inspiré de la lecture de l’article : https://blogs.mediapart.fr/philippe-godin/blog/260221/catherine-wilkening-la-vie-transfiguree

Plein sud

Au large, bien au delà des terres. Le voyage qui m’éloigne du rivage déflore les frontières invisibles de l’éloignement, il se veut entreprenant. Rien de l’attente n’est productif, pas même l’ardeur du manque. Alors pourquoi se muer en statue de sel en attendant ? Il me faut occuper cette espace vacant que ton exil creuse entre nous. Noyer ce trop de temps et d’espace ou tu as laissé tant de traces. Aujourd’hui ou demain qu’importe le temps que cela nous prendra, il n’y aura qu’un pas à faire pour rassembler nos vies à terre.

Si proches et pourtant si loin de nous ces instants. La vie dilapide à en perdre haleine tous nos projets et nos rêves. Je peine à comprendre pourquoi faudrait il toujours perdre ce à quoi l’on tient tant. Mes yeux fixent l’horizon lumineux et ma rage se terre, ici il n’y a pas de place pour les peut-être.

Ici ou ailleurs c’est aussi nous. Nos existences parallèles ne sont qu’un seul des paramètres, elles ne se jouent pas de tout le reste. L’ensemble n’est pas un mouroir des possibles, la distance reste l’écrin ou germent nos désirs inassouvis : notre jardin d’Eden en devenir

A l’épicentre

Est-ce que cela aurait modifié mon destin ? Dieu, s’il existe, est bien le seul à le savoir !

Dieu, je sais qu’il me regarde. Il y a longtemps qu’il a percé mon âme, je crois qu’il ne m’en veut plus.

Il est plus fort que moi – parce que moi, je ne lui pardonnerai pas ! S’il est vrai qu’il est si habile à pourvoir des vies et des destins exceptionnels, des légendes et j’en passe : il n’a rien prévu pour moi.  De bien je veux dire, parce que pour l’exceptionnel et le légendaire là on peut dire qu’il a eu la main verte au pire sens du terme.

Y penser  c’est  revivre tout ce que l’on voudrait effacer. Ne pas laisser le moindre espace par lequel les souvenirs s’infiltrent et font une place à la culpabilité. Rejoindre la camisole, se dédoubler. Caché dans l’image de l’ange il ne peut plus rien m’arriver.  Je ne suis plus celui qu’on accuse mais celui que l ‘ on veut sauver. La vérité est un danger que je me refuse à affronter. J’aimerais parfois que tout s’efface qu’il ne me soit rien arrivé et que je ne sois pas né. 

J’en tremble. Mon existence est un effroi constant. Pour autant que je me souvienne, dès mes plus jeunes de mes années, jamais au grand jamais, je n’ai éprouvé d’apaisement ni  de sentiment de sécurité. Sans cesse aux aguets prêt à l’esquive. J’ai riposté. L’impossible impassibilité m’oblige à ne pas laisser mon esprit libre de penser.  Il me faut à tout instant empêcher mes remords de me tordre les tripes. Oublier.

Les substances m’envoient en vacances, délocalisent mes pensées. Elles se foutent du contexte et obscurcissent les faits. Ou que je sois je deviens un autre je suis presque libéré.  Illusions en cascade jusqu’à retomber.  On ne naît qu’une fois , les dés sont lancés. Rien à faire je suis un criminel,  un usurpateur , un comédien né, agile pour mythoner. J’interprète, me glisse sous le costume, deviens cet autre qui n’est pas tout à fait moi mais ne m’est pas étranger. Il paraît même que je suis doué.

Rien à faire. Impossible de revenir en arrière j ai grave déconné. C’est comme si j’étais sorti de moi et  qu’un autre agissait.  En fait je crois bien que cela m’arrange surtout de le penser. Penser que je suis un monstre, le reconnaître et même simplement l’envisager est bien trop difficile à supporter.  Je donnerai tout pour revenir en arrière, pour tout rembobiner.

Il est trop tard…la peur a annexé mes tripes elle s’y love et n n’est pas prête à disparaître. Je ne suis qu’un truand, un criminel,  un raté.  Tout en moi bouillonne : la haine, les regrets,  le dépit … tout  m’assaille je suis piégé. Je ne parviens pas à faire taire cette litanie incessante obsédante à souhait.

Impossible de réécrire la scène elle est dans la boîte, déjà tournée. Rien en moi ne s’ effacera jamais. Je n’ai pas fini de trembler.