Loin

De moi l’idée de t’abandonner à ton triste sort. De te laisser parcourir seul, la fin du voyage. De te voir englué dans l’incertitude et la rage de te retrouver seul. Je n’ai pas voulu cette nouvelle épreuve et encore moins envisagé qu’elle fut possible. Elle nous oblige, nous rend dépendants. Rien ne nous permet de revenir en arrière. Nous sommes ses jouets soumis et a merci. A quoi bon se battre sans arme ni chance de succès. S’agiter tempêter, geindre, crier justice ou vengeance… rien n y ferait.  J’accepte, je laisse couler.

Tu crois que je te fuis, voire que je m’enfuis. Tu me rejettes la faute  crois que j’invente des alibis. D’aucun doute je ne bénéficie, tu es sans doute droit dans tes bottes pour penser ainsi. Du moins le dis tu. Je ne souhaite pas argumenter parce qu en soit tout cela me désole et ce ne serait encore qu’augmenter le prix du désordre. Peux tu entendre mon parti pris ?

Oneday

Plein sud

Au large, bien au delà des terres. Le voyage qui m’éloigne du rivage déflore les frontières invisibles de l’éloignement, il se veut entreprenant. Rien de l’attente n’est productif, pas même l’ardeur du manque. Alors pourquoi se muer en statue de sel en attendant ? Il me faut occuper cette espace vacant que ton exil creuse entre nous. Noyer ce trop de temps et d’espace ou tu as laissé tant de traces. Aujourd’hui ou demain qu’importe le temps que cela nous prendra, il n’y aura qu’un pas à faire pour rassembler nos vies à terre.

Si proches et pourtant si loin de nous ces instants. La vie dilapide à en perdre haleine tous nos projets et nos rêves. Je peine à comprendre pourquoi faudrait il toujours perdre ce à quoi l’on tient tant. Mes yeux fixent l’horizon lumineux et ma rage se terre, ici il n’y a pas de place pour les peut-être.

Ici ou ailleurs c’est aussi nous. Nos existences parallèles ne sont qu’un seul des paramètres, elles ne se jouent pas de tout le reste. L’ensemble n’est pas un mouroir des possibles, la distance reste l’écrin ou germent nos désirs inassouvis : notre jardin d’Eden en devenir

See you soon

Je n’imaginais pas que cela serait possible. C’est un peu comme si cette année 2020 n’avait jamais véritablement débuté ni ne s’était déroulée. Aux premiers jours, l’air du temps, frais au demeurant, embaumait l’aventure. Un commencement qui tenait ses promesses et présageait de multiples déplacements, découvertes et autres petits bonheurs en tout genre. Il n’en fut rien. A peine la frontière passée, les portes se refermèrent, scellées bien plus longtemps qu’après le printemps. Je n’avais eu que le temps de cheminer vers les cimes encore enneigées que déjà il me fallait me confiner au creux de la vallée. Sans nul doute l’été serait long à venir nous libérer.

Ce fut comme vivre dans une bulle, la mienne et rien de plus que ça. En étroitesse avec moi même. Au plus près de ce qu’il m’a été permis de juger, et en toute objectivité, ce n’est pas si mal comme cohabitation. Je suis plutôt sociable de nature et l’isolement ne m’effraie pas. A bien y réfléchir, cet espace là, ne me déplaisait pas mais il contraignait gravement mes mouvements. A l’usage il s’avéra bien plus respectueux de mon environnement que je ne me l’étais imaginé. A distance, il me tenait loin des autres, très près de moi. D’un point de vue tout à fait comptable, le temps passa lentement et l’éloignement fut propice au recul et au détachement. En somme, ce fut plutôt plaisant. Je vous rassure : au début seulement.

L’alternance de la sédentarité et de la mobilité retrouvée fut joliment temporisée et le choix du mode d’exercice laissé à l’envie des intéressés. Nous fûmes donc dispensés de retrouver nos collègues si le bon coeur nous en disait. Et du coeur nous en avions, surtout moi. Je prolongeais donc le délice de la distance quelques temps et imposais ma présence comme bon me sembla. Plutôt pas, d’ailleurs. Nullement perturbée de vaquer de loin en loin, dès lors que la visioconférence ne me rattrapait pas.

La liberté n’était pas sans limite. Le territoire était vaste mais inaccessible. La frustration finit par prendre une place qui s’attachait à tout, ruinant les espérances d’une vacance hors des murs. La béance d’un temps que l’on ne peut exploiter est un punition sévère pour celui à qui elle est infligée.

La rage gagnait du terrain, la fatigue aussi. Quelque chose, soudain, a envahi l’espace, répandu un parfum de malaise, de mécontentement, dans nos rangs. L’incompréhension devint légion. Les techniques managériales paraissaient stupides, non maîtrisées et totalement inappropriées. Le temps n’était plus à la conciliation mais à la rupture, à l’affrontement. Quand j’y repense cela me fait l’effet d’un tunnel après la bulle, vous me direz il y a plus lumineux. Nous étions dans le noir complet. Nous n’en sommes plus jamais sortis. Libres de nos déplacements nous l’étions redevenus mais le groupe s’enferrait dans des critiques récurrentes et stériles. Personne n’y trouvait une place, sa place. De guerre lasse la motivation s’usa. Le face à face tournait au duel. Cruelle est la stratégie des querelles.

Cela dura jusqu’à l’hiver et ce malgré l’échappée belle sous la canicule enchantée. A la rentrée, la distance fut recommandée et personne ne se fit prier. L’humeur morose continua de dispenser son lot de mauvaises humeurs jusqu’à pas d’heure et non sans heurt.

J’en ai terminé avec cela depuis bien 15 jours et quand je me retourne sur cette année j’ai le sentiment qu’elle s’est évaporée. Je ne sais plus tout à fait ce qu’il en a été, j’observe un sentiment diffus et peu prégnant, comme étranger. L’impression ne n’avoir rien à conserver de ce temps égrené.

Retournée aux grands espaces, au bord de mer toujours et partout ailleurs sur les routes , les pieds sur terre, près de l’essentiel je regarde 2020 s’achever et ne suis pas mécontente d’en terminer.

Je n’étais que plaies

brûlantes, acérées, béantes. Et malgré cela je suis encore.

Cela n’a donc pas suffit à me détruire, en tous cas à me faire disparaître. Les Dieux dans leur grande clémence, n’étaient visiblement pas prêts à me perdre ! C’est un détail… certes.

N’ai je  donc pas crié suffisamment fort pour que l’on m’entende?  J’ai du marmonner dans ma barbe, puis me taire, comme à l’accoutumée. Lancer une bouteille à la mer, dans les flots déchaînés, brisée à la première vague rebelle, pour une plainte c’est franchement loupé.

A supposer que le cri fut entendu, quelle aurait été l’issue ? Difficile à dire, tant la surdité du monde, chaque jour plus exacerbée, porte à croire que l’indifférence n’aurait eu aucun mal à gagner la bataille.  Existe t il encore quelques coeurs attentifs aux désespoirs manifestes et aux désarrois subtils, suffisamment altruistes pour écouter ?

A cinquante euros la séance, c’est aisé. En ce qui concerne la gratuité du « service », vous ne m’oterez pas de l’idée que la tendance est plus à la fuite et au désintérêt.

 

Sous le pont…

L’eau coule sous les ponts, les heures sont pleines sous la lune, le requiem s’échappe de la partition.
Affluent les signes et les raviveurs d’émotions – on croirait que la terre n’en finira jamais de tourner en rond.
Il faudrait le froid de la bise pour givrer ce soleil qui s’autorise à polariser comme une gifle alors qu’il est hors saison.
J’ai remisé dans mes valises, des piles de senteurs et toute la palette des couleurs vives, bien plus que de raison.

Au passage, pas de déclic, juste un sourire, il a eu bien du mal à atterrir l’hydravion.
N’en tire aucune conclusion, les routes adorent les jeux de pistes, mais il y a beaucoup d’abandons.

escargot

Il ne pleut pas et je ne t’attends plus…

Parce que je suis devenue sourde et que je n’entends plus cette plainte assourdissante, languissante et vaine que tu noyais d’alcool et de faux semblants.
Parce qu’à l’usure du temps, la vérité triomphant de tous les cache-misères et les serments d’enfant – tu es apparu nu et que cela n’eut rien de flamboyant.
Pas d’étoile, tu n’étais qu’une lueur diffuse, et de brillant tu n’avais que le titre, c’est dire toute la platitude des discours grandiloquents.
Tu ne m’eue qu’à l’usure, la limite n’étant qu’une question de temps. Le chaos rend les histoires tristes et les aspirations chimériques n’y survivent pas longtemps. Tout cela est d’un « bateau » confondant.
Il n’est jamais trop tôt pour apprendre, surtout à ses dépens, que les plus belles choses qui nous arrivent sont rarement celles sur lesquelles on pariait tant.

Parce que le soleil brille aujourd’hui, à l’avenant. Il n’y a plus de prétendant au bal de l’éclipse, plus de météorites destructrices, rien que du bleu, du bleu intensément.
Parce qu’il est l’heure de vivre, c’est tout ce qui importe vraiment. Il n’y a pas lieu de se demander comment cela va finir, c’est un secret que seuls connaissent les vieux amants. Il sera bien temps de l’écrire la partition du souvenir, rose, comme l’eau d’un roman.
Si mon iris pétille, c’est à cause de la lumière qui irradie, là, tout en dedans ! Désormais, il n’y a pas de risque, qu’il pleuve ou qu’il vente, rien ne se brise. C’est fou comme tout s’enracine, pour peu qu’on le veuille véritablement.
Il n’est jamais trop tard, pour comprendre, surtout à ses dépens, l’intensité de l’instant, celle qui arrime les cœurs, sur la rive, à la force du sentiment.

Melo-manie

20120528-103316.jpg

Les liens que l’on tisse ont la fragilité de notre paresse a les entretenir .

L histoire n est jamais simple. Elle nait de similitudes complexes dont les variations se jouent entre le bémol et le dièse d’une partition désordonnée que l on voudrait parfaite.

Rares sont les chanceux a l oreille absolue qui savent , dans la mélodie, reconnaitre les accents de vérité des vérités toutes faites, et rectifier le tempo sans qu il n y paraisse, avant que le concerto ne s achève.

Certains ont quelque grâce a chantonner encore, une fois le charme rompu par les fausses notes, comme si rien n affectait jamais leur entrain.

D’autres deviennent sourds et qui plus est aveugles, a tous les mouvements quelque soit la scène.

Chacun se protège ou se défend d’une peine, a sa manière.

Nous jouons certains des morceaux de nos vies sans demi mesure, le cœur convaincu, l’âme légère – et malgré cela parfois, tout cède – car c’est sans compter sur la volonté du chef d orchestre.

20120505-154449.jpg

On ne fait pas marche arrière , on accélère le pas .
Après avoir mordu la poussière le sol est a proprement parler notre meilleur ciel. L espace d oxygénation est bref , le monde vu d un point de vue d apneiste réduit considérablement le désir d exister et hypothèque gravement l envie d atteindre les sommets.
L air n a plus rien d un souffle , et lorsque le jour n en finit pas de tomber , il y a bien longtemps que le pouls de la vie n entraine plus la chamade, le cœur restant insensible a l écho .
Se relever peut etre la plus inenvisageable des positions intellectuelles, la
verticalité telle quelle n est souvent qu une manière de faire semblant de marcher .
Le but a atteindre comme horizon parfaitement imité, placardé a la face du monde , tel un masque, une parade illusoire pour qui veut bien se laisser duper.
A savoir si c est en marchant qu on avance … cela fait débat !

29.04

20120429-090356.jpg

Peut être qu’il n’était plus utile d’y revenir. Qu’aucune métaphore si puissante et précise qu’elle puisse être ne pourrait dire ce qu’il en était
en fait.
On a parlé du poids des mots, du choc des photo vanté le pouvoir de l’image et la persuasion des discours, dans. l ‘autre camp cela fait bien longtemps qu’il n’y a plus rien autour.
Les histoires ordinaires n’ont qu’une vocation primaire , celle d’être. Etre sans lendemain , sans importance , sans avenir , sans issue; d’un intérêt confus et d’un prix a débattre .
Elles sont de vieux objets dont on ne se sert plus, rangés a l abri des placards, que l’on ouvre plus.
La mémoire les oublie sans s’en apercevoir , disséminant leurs bribes ,au hasard, sur le chemin du dérisoire.
Et lorsqu’au détour d’une vie qui s’ébroue et repart , quelques moments passés affleurent l’instant du regard, le charme a disparu … Il est tard.

Fin(s) de moi(s) difficile(s)

Le temps a filé trop vite. Longtemps les fils enchainés sur la trame , se sont laissés convaincre par le mouvement régulier et austère de la navette lancée a pleine vitesse.
L envolée semblait belle , presque sans limite et inespérée. Elle nous donnait des ailes, du souffle, de la matière, elle nous reconstituait.
Son lyrisme à lui seul suffisait.
En ces temps d une Grace aux allures divines, qu il etait doux de ne pas compter.
Il fait désormais si froid dehors, que nos rêves de fuite voient leurs crédits gelés. Il est bien tôt pour l usure, mais les temps ont changé.

20120218-095428.jpg