Le chardonneret . Donna TARTT

Voilà celui que je viens de débuter. Il s annonce bien, voire même très bien ! Le maître des illusions du même auteur m avait enchantée à l époque. Je fonde donc de grands espoirs sur celui ci !!

Vu son épaisseur il y a peu de chances que je le termine dans la journée 😁 Du coup afin de ne pas laisser cette rubrique sans vie j en commence de ce pas un nouveau en parallèle 😉😉

Au pire, en cas de latence il me reste des petites merveilles dans ma bibliothèque 😉

Voici l’extrait. Très belle journée à tous. Amitiés

Quelques pensées

Déposés là pour toi que je connais pas, pour toi qui ne me connais pas.

Des mots qui ne parviennent pas à dire l’effroi qui m’a saisie à l’énoncé de ce qu’ est ta souffrance , ton dernier combat.

L’image est insoutenable. Elle me paralyse je ne peux m’en départir. Je ne comprends pas, je ne veux pas croire, cela n’a pas de sens. C est injuste, cela ne devrait pas être, qui mérite ça ?

Une rage sourde monte en moi.C est à en perdre la foi.

Je redoute l’annonce qui ne tardera pas. J’espère trouver les mots pour ta fille que je ne pourrais pas serrer dans mes bras.

Staline est une fille

et elle a toujours raison ! On connaît la chanson. Ses proches disent d’elle qu’aux premières heures de sa vie elle s’appliquait déjà à se forger un caractère plus que rigide, à l’aune des barreaux de son petit lit. C’est peu que de dire qu’une telle personnalité n’est pas ordinaire. En l’observant grandir tous surent que ce petit bout de femme saurait tenir tête à qui se mettrait en travers de son chemin. D’ailleurs je crois me souvenir que personne ne s’y est jamais risqué.

La docilité ne fait pas partie de ses qualités et pas plus qu’hier elle ne laisse conter fleurette ou amadouer pour les beaux yeux du chef d’équipe, d’autant plus s’il occupe le vestiaire d’à côté. Sa devise pourrait être : moi plier ? Vous rigolez !

Vous l’aurez compris, on peut toujours essayer. Pendant ce temps elle se marre, et nous laisse pomper ! Vous l’aurez compris j’imagine, je suis dans l’équipe de Djougachvili et je m’incline. Ce petit charme slave, plutôt exotique et agréable pour qui n’est pas susceptible et ne s’offusque jamais de ce penchant versatile commun aux grands Hommes qui ont vite fait de changer de chemise à la moindre esquisse d’une prise en flagrant d’indiscipline ; rend grâce à l’étonnante douceur de son visage aux traits lisses et à sa blondeur à l’accent cyrillique.

Tsarine s’il en est, cette femme m’impressionne. Dieu quel « bonhomme » !!!

Ce qui se cache

au delà de l’image, affichée presque proclamée, c’est ce que tu tais.

Cela rassure ton auditoire de retrouver dans cette exposition ciblée, l’aveu bien commode d’un amour indéfectible et délicat, empreint de douceur et de certitudes. C’est bien pratique et surtout cela n’appelle aucune question, nul doute et pas plus de questionnements. Tu affiches donc tu es ! Au règne des réseaux sociaux, tu fais passer le message et tes proches s’en contentent bien volontiers.

Moi, je me marre et selon l’expression consacrée, je ris dans ma barbe (que je n’ai pas d’ailleurs 🙂 ). Parce qui d’autre mieux que moi c’est ce que tu n’es pas ? Je vous le donne en mille : pas grand monde. Tous ceux qui forment la belle équipe de tes plus grands potes, n’ont pas de souci autre à se faire que les leurs et s’il daignent parfois t’écouter en coeur autour d’un verre, c’est plutôt pour tes conseils avisés en la matière qu’au sujet d’éventuels dilemmes relationnels. La vie des autres, même celle de leur « meilleur » pote, franchement c’est : anecdote ! Déjà la leur, c’est tout un problème, une équation à deux inconnues serait plus facilement résolue que leur pseudo engagement infaillible, leurs tiraillements incessants et leurs histoires de famille, c’est dire s’ils n’ont pas d’instant à consacrer à tes soucis métaphysiques.

Tu ne veux inquiéter personne sur ton sort. Rassures toi, de tes proches aucun n’avait l’intention de s’en faire. C’est une aubaine ! Si seulement ils pouvaient faire de même. Beaucoup envie ton audace, ta façon de paraître « grande classe ». Ils voient dans tes manifestations un peu vieille époque, ton côté mousquetaire – seul à trouver non pas les ferrets mais bel et bien la reine et de t’en vanter sous le sceau du secret. « Ne le dites pas mes potes, mais j’ai trouvé le top !  » Bien sûr qu’ils te jalousent et sourient de bon coeur en trinquant à la belle aventure, en pensant au fond qu’elle est tellement contre nature, qu’elle ne durera pas un round de plus que la précédente, pour sûr c’est couru d’avance.

C’est vrai qu’au fond ils t’aiment…bien, tu les fais rire. Avec toi il peuvent rigoler de tout et tant qu’il ne s’agit pas d’en pleurer. Tu les retrouve sans mal autour de la table pour trinquer et ils ne sont jamais les derniers à lever leur verre … à leur santé et qu’importe la tienne. Tu dis souvent qu’ils sont là quand tu es en peine, mais combien d’entre eux se libèrent dans l’instant quand autour de toi la vie se déchaîne ? Les doigts d’une main, rappelle toi ce qu’il en resta…

Je souris car au fond je sais que tu n’es pas dupe. Cela t’arrange bien d’être « taillé » pour l’aventure. C’est ainsi que tu voudrais être, le héros parmi les « guests  » et un héros qui mieux que toi le sait : ça ne pleure ni ne se plaint jamais !

A l’épicentre

Est-ce que cela aurait modifié mon destin ? Dieu, s’il existe, est bien le seul à le savoir !

Dieu, je sais qu’il me regarde. Il y a longtemps qu’il a percé mon âme, je crois qu’il ne m’en veut plus.

Il est plus fort que moi – parce que moi, je ne lui pardonnerai pas ! S’il est vrai qu’il est si habile à pourvoir des vies et des destins exceptionnels, des légendes et j’en passe : il n’a rien prévu pour moi.  De bien je veux dire, parce que pour l’exceptionnel et le légendaire là on peut dire qu’il a eu la main verte au pire sens du terme.

Y penser  c’est  revivre tout ce que l’on voudrait effacer. Ne pas laisser le moindre espace par lequel les souvenirs s’infiltrent et font une place à la culpabilité. Rejoindre la camisole, se dédoubler. Caché dans l’image de l’ange il ne peut plus rien m’arriver.  Je ne suis plus celui qu’on accuse mais celui que l ‘ on veut sauver. La vérité est un danger que je me refuse à affronter. J’aimerais parfois que tout s’efface qu’il ne me soit rien arrivé et que je ne sois pas né. 

J’en tremble. Mon existence est un effroi constant. Pour autant que je me souvienne, dès mes plus jeunes de mes années, jamais au grand jamais, je n’ai éprouvé d’apaisement ni  de sentiment de sécurité. Sans cesse aux aguets prêt à l’esquive. J’ai riposté. L’impossible impassibilité m’oblige à ne pas laisser mon esprit libre de penser.  Il me faut à tout instant empêcher mes remords de me tordre les tripes. Oublier.

Les substances m’envoient en vacances, délocalisent mes pensées. Elles se foutent du contexte et obscurcissent les faits. Ou que je sois je deviens un autre je suis presque libéré.  Illusions en cascade jusqu’à retomber.  On ne naît qu’une fois , les dés sont lancés. Rien à faire je suis un criminel,  un usurpateur , un comédien né, agile pour mythoner. J’interprète, me glisse sous le costume, deviens cet autre qui n’est pas tout à fait moi mais ne m’est pas étranger. Il paraît même que je suis doué.

Rien à faire. Impossible de revenir en arrière j ai grave déconné. C’est comme si j’étais sorti de moi et  qu’un autre agissait.  En fait je crois bien que cela m’arrange surtout de le penser. Penser que je suis un monstre, le reconnaître et même simplement l’envisager est bien trop difficile à supporter.  Je donnerai tout pour revenir en arrière, pour tout rembobiner.

Il est trop tard…la peur a annexé mes tripes elle s’y love et n n’est pas prête à disparaître. Je ne suis qu’un truand, un criminel,  un raté.  Tout en moi bouillonne : la haine, les regrets,  le dépit … tout  m’assaille je suis piégé. Je ne parviens pas à faire taire cette litanie incessante obsédante à souhait.

Impossible de réécrire la scène elle est dans la boîte, déjà tournée. Rien en moi ne s’ effacera jamais. Je n’ai pas fini de trembler.

Danser sa peine

S’ouvrir au monde et laisser le tempo rythmer la danse.

Il est venu vers nous son projet en bandoulière certain que l ‘on ferait  l’affaire. Il pouvait être serein, le milieu carcéral c’est la bonne aubaine ! Il y a toujours pléthore de volontaires.

Il nous observe. Poli il ne fixe son regard jamais plus d’une seconde sur la même personne. Il voudrait nous faire croire qu’il nous traite d’égales à égales. Je le vois bien moi, qu’il nous balade. Tu penses bien qu’il a déjà repéré les plus douées d’entre nous. Les filiformes au port de tête de Princesse même un aveugle ne verrait qu’elles au milieu de l’arène.

Et puis il y a celles qui se déhanchent comme des sirènes vont step by step mais ont déjà pris la pose « barre au sol » sûres de leur légitimité à en être de la troupe qui va les rendre célebs. Les pieds dans les starting blocks, droites dans leurs bottes, y’a pas à dire, elles en imposent. C est clair qu’il va falloir se battre, j ai pas envie de rater l’occase ! Il ne reste que quelques places, pas question de rester en rade. Mon ticket d’entrée c’est ma volonté : en-avant M.le professeur j’suis peut-être pas danseuse mais j’ai pas peur.

Imagine le kiff. Chaque semaine pendant deux heures je vais changer d’air. Quitter mes 9m2 enfumés pour les 120m2 de l’aire de sport, si c’est pas la liberté, ca s’en rapproche. Tu crois pas que je vais rester à la porte ! Peut-être même que je monterai sur scène, que j’irai me balader par delà l’enceinte au milieu de ville, invisible et impassible. Qui sait, après tout je ne vaux pas moins qu’une autre, moi aussi avant j’avais des rêves qui me trottaient dans la tête. Ils pourraient bien revenir par la grande porte, pour peut qu’on me laisse danser, après tout je ne suis pas encore morte !

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Librement inspiré du documentaire « Danser ma peine » filmant l’intervention du chorégraphe Angelin PREJLOCAJ auprès d’un groupe de femme incarcérées à la prison des Baumettes. Documentaire que je vous recommande vivement. Voici le lien vers un article qui raconte le projet. : https://www.nouvelobs.com/tv/20200326.OBS26635/angelin-preljocaj-j-ignorais-l-impact-de-l-emprisonnement-sur-les-corps.html

Quoi ma gueule…

Elle n’est pas commune, c’est une figure. On ne remarque qu’elle, bien avant même que je ne parle, on en bave. Pas moyen de faire en sorte qu’on la censure, ma gueule elle, elle assure. Depuis le temps qu’on se supporte, cela nous a fermé quelques portes. Et si elle n’a pas sa langue dans sa poche, ce n’est pas moi qui lui ferait de reproches.

Inspiré du documentaire la disgrâce diffusé sur France 2 et disponible en replay – Témoignages courageux, dignes et exemplaires. (https://www.france.tv/la1ere/guyane/infrarouge/2170415-la-disgrace.html)

Disparaître…

Partir. Fermer la porte, oublier la clef dans la serrure, ce n’est pas si dur.

L’idée a cheminé sans que j’y prête vraiment attention. J’ai 35 ans, une ex femme et deux enfants. Une boutique déco au coeur du centre ville, là où sont toutes mes racines.

Je n’avais pas d’ambition démesurée, rien d’irrationnel, une idée dans la tendance et des ventes programmées. Avec mon réseau d’artisans sympas, quelques connaissances dans la mouvance et ma volonté à toute épreuve : tout irait bien.

On n’imagine jamais ce que la vie nous réserve. Pas folle la guêpe ! Le premier choc passé, on se dit que c’est de bonne guerre. Après tout, une vie sans galère, ça ne vaut rien. Que diable, tirons en la leçon et passons !

J’ai traité la gène, coché la case. Je me suis remis en marche, serein et confiant. En réalité, j’ai éludé le problème. C’est mon erreur, la première et celle d’une longue série : éluder ce qui gène.

Au fil du temps les écueils se sont démultipliés. Ma vie toute entière en fût affectée.

C’est la descente aux enfers. Celle qui n en fini jamais. Quelle que soit la manière dont j envisage la suite la voie est toujours compromise. Mon esprit sans cesse se délecte et me rappelle cet état de fait. Nuit et jour jamais il ne s arrête

Je ne cherche aucune excuse, ni coupable. A quoi bon, je sais bien qu il n y a plus rien que je puisse faire. Il est trop tard. J’écope d’une lourde peine. Je ne sais plus ou donner de la tête. C’est incroyable la vitesse à laquelle tout se déchaîne. J’écope mais l’avarie est trop sévère, rien de ce que je fais n’a d’effet.

J ai cru pouvoir m en sortir. Repartir du bon pied, sauver mes biens, ma famille. J attendais cet instant ou je pourrais enfin dire c était un mauvais moment mais il est derrière moi. Tout va bien les gars !

Il ne vient pas et je n ai plus la force. Les alėas ont gagné. Ce soir je laisse la clef sur la porte. Je m’en vais…

Chaque année en France environ 18000 personnes disparaissent volontairement (https://www.leprogres.fr/faits-divers-justice/2020/06/27/disparitions-inquietantes-18-000-majeurs-disparaitraient-chaque-annee-en-france-qui-sont-ils)

Depuis ma citadelle

La Covid nous conduit à modifier nos habitudes, notre rythme de vie et nos préférences. Elle chamboule notre existence, notre économie, nos façons de faire et sème la pagaille dans nos usages. Elle se moque du bon ordre dans lequel nous avions envisagé notre petit monde. Mais était il véritablement bon pour nous cet ordre la ? Basé sur notre individualisme et notre petit confort.

On se croyait libres et protégés, à l’abri de tout. Surs de nous !

Dans les faits nous nous sommes montrés déraisonnables et négligents. Jouant avec le feu plus que nécessaire, nous provoquions le diable, attisions la tempête. Longtemps épargnés, nous ne doutions plus de rien et rien ne pouvait arriver.

Désormais isolés dans nos citadelles, les ailes coupés, nous nous trouvons bien seuls face à ce qu’il faut affronter.

Selon le dicton l’union fait la force… je nous trouve plutôt mal barrés…

See you soon

Je n’imaginais pas que cela serait possible. C’est un peu comme si cette année 2020 n’avait jamais véritablement débuté ni ne s’était déroulée. Aux premiers jours, l’air du temps, frais au demeurant, embaumait l’aventure. Un commencement qui tenait ses promesses et présageait de multiples déplacements, découvertes et autres petits bonheurs en tout genre. Il n’en fut rien. A peine la frontière passée, les portes se refermèrent, scellées bien plus longtemps qu’après le printemps. Je n’avais eu que le temps de cheminer vers les cimes encore enneigées que déjà il me fallait me confiner au creux de la vallée. Sans nul doute l’été serait long à venir nous libérer.

Ce fut comme vivre dans une bulle, la mienne et rien de plus que ça. En étroitesse avec moi même. Au plus près de ce qu’il m’a été permis de juger, et en toute objectivité, ce n’est pas si mal comme cohabitation. Je suis plutôt sociable de nature et l’isolement ne m’effraie pas. A bien y réfléchir, cet espace là, ne me déplaisait pas mais il contraignait gravement mes mouvements. A l’usage il s’avéra bien plus respectueux de mon environnement que je ne me l’étais imaginé. A distance, il me tenait loin des autres, très près de moi. D’un point de vue tout à fait comptable, le temps passa lentement et l’éloignement fut propice au recul et au détachement. En somme, ce fut plutôt plaisant. Je vous rassure : au début seulement.

L’alternance de la sédentarité et de la mobilité retrouvée fut joliment temporisée et le choix du mode d’exercice laissé à l’envie des intéressés. Nous fûmes donc dispensés de retrouver nos collègues si le bon coeur nous en disait. Et du coeur nous en avions, surtout moi. Je prolongeais donc le délice de la distance quelques temps et imposais ma présence comme bon me sembla. Plutôt pas, d’ailleurs. Nullement perturbée de vaquer de loin en loin, dès lors que la visioconférence ne me rattrapait pas.

La liberté n’était pas sans limite. Le territoire était vaste mais inaccessible. La frustration finit par prendre une place qui s’attachait à tout, ruinant les espérances d’une vacance hors des murs. La béance d’un temps que l’on ne peut exploiter est un punition sévère pour celui à qui elle est infligée.

La rage gagnait du terrain, la fatigue aussi. Quelque chose, soudain, a envahi l’espace, répandu un parfum de malaise, de mécontentement, dans nos rangs. L’incompréhension devint légion. Les techniques managériales paraissaient stupides, non maîtrisées et totalement inappropriées. Le temps n’était plus à la conciliation mais à la rupture, à l’affrontement. Quand j’y repense cela me fait l’effet d’un tunnel après la bulle, vous me direz il y a plus lumineux. Nous étions dans le noir complet. Nous n’en sommes plus jamais sortis. Libres de nos déplacements nous l’étions redevenus mais le groupe s’enferrait dans des critiques récurrentes et stériles. Personne n’y trouvait une place, sa place. De guerre lasse la motivation s’usa. Le face à face tournait au duel. Cruelle est la stratégie des querelles.

Cela dura jusqu’à l’hiver et ce malgré l’échappée belle sous la canicule enchantée. A la rentrée, la distance fut recommandée et personne ne se fit prier. L’humeur morose continua de dispenser son lot de mauvaises humeurs jusqu’à pas d’heure et non sans heurt.

J’en ai terminé avec cela depuis bien 15 jours et quand je me retourne sur cette année j’ai le sentiment qu’elle s’est évaporée. Je ne sais plus tout à fait ce qu’il en a été, j’observe un sentiment diffus et peu prégnant, comme étranger. L’impression ne n’avoir rien à conserver de ce temps égrené.

Retournée aux grands espaces, au bord de mer toujours et partout ailleurs sur les routes , les pieds sur terre, près de l’essentiel je regarde 2020 s’achever et ne suis pas mécontente d’en terminer.