Sous le pont…

L’eau coule sous les ponts, les heures sont pleines sous la lune, le requiem s’échappe de la partition.
Affluent les signes et les raviveurs d’émotions – on croirait que la terre n’en finira jamais de tourner en rond.
Il faudrait le froid de la bise pour givrer ce soleil qui s’autorise à polariser comme une gifle alors qu’il est hors saison.
J’ai remisé dans mes valises, des piles de senteurs et toute la palette des couleurs vives, bien plus que de raison.

Au passage, pas de déclic, juste un sourire, il a eu bien du mal à atterrir l’hydravion.
N’en tire aucune conclusion, les routes adorent les jeux de pistes, mais il y a beaucoup d’abandons.

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Là bas

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J’ai mal aux pieds. C’est à cause de mes chaussures. La bride en plastique qui les enserre n’a pas arrêté de se détacher du bord de la semelle. A chaque pas, je crains que les réparations de fortune ne résistent pas à ma démarche saccadée. Maman les a déjà recousues plusieurs fois, j’ai peur, qu’à la prochaine déchirure, elle n’y parvienne pas. Alors je fais mon possible, j’essaie, d’alléger mon pas. Mais la manœuvre n’est pas facile, dans la cité vieille, les pavés sont bien trop hétéroclites pour que je m’en tienne à regarder juste devant moi. Et puis c’est sans compter le poids de ma charge. Je redoute la chute. Même si je serre bien mes doigts, j’ai peur de laisser glisser le fil qui la relie à moi. Si je tombe tout mon fardeau s’envolera. C’est fragile l’équilibre.
Mon ami TIDJI, dit que c’est parce qu’on pense aux mauvaises choses qu’elles arrivent. Il dit : « moi je marche, je ne pense pas ». Lui vend des oranges, qu’il transporte dans un panier pendu à son bras. Il marche pieds nus sur le sable, le long de la péninsule, là où le sol est plat. Il répète sans cesse qu’un jour, il partira. Qu’une simple barque suffira pour passer la digue et quitter tout ça.
Il dit qu’il n’est pas né pour rester là.
Moi aussi je rêve d’ailleurs, parfois. Sur la grande place, près du manège, lorsque le soleil franchit la haute muraille en pierres, en attendant que la ronde des chevaux de bois s’achève je m’assoie sur la plus basse marche du lavoir et je m’imagine … Il est doux d’échapper à l’arc en ciel de pacotille qui emboite chacun de mes pas. C’est comme inspirer l’air au dessus de l’eau vive, comme être au bord du vide et voir s’ouvrir la vie devant soi. Alors je ne suis plus cet enfant qui se tord les chevilles et piétine. Je deviens celui qui s’affranchit des lignes que d’autres ont choisies pour moi.
Mais je ne m’envole pas.

L’éternelle équation

On peut utiliser tous les signes, des bibliques aux mathématiques. Croire aux paraboles, aux métaphores ou aux signes du destin. On peut chercher à comprendre, à évaluer la distance, choisir d’être en retard ou s’étonner de sa propre avance. Se poser des questions sans avoir véritablement envie d’entrevoir une réponse, laisser couler, lâcher prise, danser comme l’on marche sur un fil ou choisir de perdre l’équilibre. On peut avoir envie de tout et surtout de son contraire, croire que seul cela pourra nous satisfaire et finir par admettre, que c’est beaucoup trop pour une seule vie sur terre – ou pas !
L’important n’est pas forcément de trouver LA réponse, mais l’essentiel est très certainement de trouver la nôtre.

Escale

http://anneetsim.uniterre.com/Australie

J’ai posé mes bagages sur une terre inconnue et sauvage. L’air soyeux apaise la rugosité de l’accueil réservé et sommaire. Ici, je suis une étrangère. Je viens de loin, d’une autre vie, pas moins hostile, mais si singulière.

J’ai fait un long voyage. Mes pérégrinations chaotiques m’ont conduit jusqu’à vous en m’éloignant d’autres. Les émotions, les mots, les symboles se brouillent et leur sens se dissipe, dans cet univers austère, qui va à l’essentiel.

Je suis une route sinueuse, un parcours escarpé, une pente sablonneuse comme on avale des kilomètres, à grande vitesse. Je n’ai plus peur, le danger vient de moi, pas d’ailleurs. Chaque étape efface celle qui la précède, l’oubli sert de remède.

Je n’ai plus vraiment de temps à perdre, alors je le prends comme une bonne aubaine. L’air de rien ça libère. La providence pourvoira quelques aubaines, il ne faut pas négliger les grâces célestes…

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Ce n’est pas vendeur

-« Il nous faut du pétillant, du frais de la blancheur !
Des lignes franches, des abords frondeurs, de la vigueur.
Quelque chose d’unique et d’universel, du piment pas du sucre, pas d’aigreur.
Pas de minauderies, de la chaleur.
Des effets de style sans noirceur.
Du vécu sans les rides, sans la lourdeur.
Que cela ait l’air plus vrai que nature mais novateur.
Qu’il y ait des étincelles, que ça crépite jusque dans nos coeurs.
Du fantistiquement authentique, de la grandeur cosmique sans apesanteur.  »

– … Hum… toi, tu devrais retourner à Euro Disney !

La vie impatiente…

Des fourmis par centaines, cheminant dans mes veines, remontant le cours de ma vie de périls en aubaines. Et le temps qui s’enfuit comme on sort de scène.

Là mais jusqu’à quand ? Le temps d’un regard qui s’entête à croire que l’avenir se bâtit sur des peut être.

D’étranges spasmes m’étreignent, ce n’est rien après tout, un jour tout s’arrête.

J’ai encore en moi tant de rêves comme un parfum, une concrète, l’effluve de ce qui pourrait être, des images, des mots qui s’entêtent. Mais l’heure tourne, elle obère, elle suit l’ordre des choses, elle obtempère.

Ici, presque parti. Alors que l’instant déjà s’envole, ma vie se voudrait métaphore, encore, encore, encore.

Des battements de cœur m’enserrent, ce n’est rien après tout, tout ne pousse pas, même si l’on s’m.

Je n’ai plus besoin de bagages, les moments forts, les sabordages, me laisseront nus quand viendra l’accostage. Je sens encore le souffle gonfler les voiles, je rêve de voyages, de voyages.

Loin mais pas encore trop. A la lisière des possibles, pas des promesses inaccessibles, j’existe, j’existe

D’autres rencontres m’entrainent, et c’est comme sauter la barrière sans regarder en arrière. Lentement détacher le fil de la bobine, quitter la ville.

Ailleurs…