Un jour…

 

de juillet parmi d’autres. A l’intérieur des terres, la brise marine s’était apaisée. Ne flottait plus dans l’air que ce parfum iodé propre aux territoires bordés de rivages salés. Après le tumulte et les cris des marchands installés en grappes colorées sur la grand place pavée ; le silence s’était fait aux portes de la cour. Une fois refermés les vantaux dépareillés aux huisseries rouillées, nous retrouvions le calme et la tranquillité du jardin. Au plein cœur de l’été, sous un grand parasol la table déjà dressée nous invitait aux agapes de la mi journée.

Très vite le tintement des verres accompagnait le doux balancement du vin blanc frais prestement échappé d’une carafe à décanter, et déjà le piquant effleurait nos lèvres promptes à le savourer. J’aimais cette douce torpeur. Gorgée après gorgée je la laissais m’envahir, je me laissais porter. La brise légère caressais mon visage, emmêlait mes cheveux, soulevait mon corsage ; tes yeux posées sur moi étaient loin d’être sages.

J’avais toujours trouvé cette table bien trop large ! Nos peaux exaspérées par tant de distance souffraient de cet infranchissable barrage de bric et de verres, de couverts et d’assiettes. Les plats se succédaient sans discontinuer. Ciel ce repas ne finirait donc jamais !

Le désir né dans le pli d’un sourire, sous un regard appuyé et d’un geste équivoque, ne cessait de croire et de nous torturer. Nos épidermes émoustillés n’avaient qu’une hâte : s’échauffer. L’attente insupportable rendait le vin trop léger et le dessert trop doux, ôtant à nos bouchées le moindre de leur gout. Ayant laissé filé depuis longtemps déjà, les débats politiques, les anecdotes de famille et autres babillages infantiles, nous dialoguions de concert dans ce silence évocateur qu’entretiennent les âmes sœurs et les corps impatients. Ainsi frémissaient nos ardeurs bouillonnantes, sous le joug des langueurs estivales de ce déjeuner de juillet.