Là bas

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J’ai mal aux pieds. C’est à cause de mes chaussures. La bride en plastique qui les enserre n’a pas arrêté de se détacher du bord de la semelle. A chaque pas, je crains que les réparations de fortune ne résistent pas à ma démarche saccadée. Maman les a déjà recousues plusieurs fois, j’ai peur, qu’à la prochaine déchirure, elle n’y parvienne pas. Alors je fais mon possible, j’essaie, d’alléger mon pas. Mais la manœuvre n’est pas facile, dans la cité vieille, les pavés sont bien trop hétéroclites pour que je m’en tienne à regarder juste devant moi. Et puis c’est sans compter le poids de ma charge. Je redoute la chute. Même si je serre bien mes doigts, j’ai peur de laisser glisser le fil qui la relie à moi. Si je tombe tout mon fardeau s’envolera. C’est fragile l’équilibre.
Mon ami TIDJI, dit que c’est parce qu’on pense aux mauvaises choses qu’elles arrivent. Il dit : « moi je marche, je ne pense pas ». Lui vend des oranges, qu’il transporte dans un panier pendu à son bras. Il marche pieds nus sur le sable, le long de la péninsule, là où le sol est plat. Il répète sans cesse qu’un jour, il partira. Qu’une simple barque suffira pour passer la digue et quitter tout ça.
Il dit qu’il n’est pas né pour rester là.
Moi aussi je rêve d’ailleurs, parfois. Sur la grande place, près du manège, lorsque le soleil franchit la haute muraille en pierres, en attendant que la ronde des chevaux de bois s’achève je m’assoie sur la plus basse marche du lavoir et je m’imagine … Il est doux d’échapper à l’arc en ciel de pacotille qui emboite chacun de mes pas. C’est comme inspirer l’air au dessus de l’eau vive, comme être au bord du vide et voir s’ouvrir la vie devant soi. Alors je ne suis plus cet enfant qui se tord les chevilles et piétine. Je deviens celui qui s’affranchit des lignes que d’autres ont choisies pour moi.
Mais je ne m’envole pas.

La vie impatiente…

Des fourmis par centaines, cheminant dans mes veines, remontant le cours de ma vie de périls en aubaines. Et le temps qui s’enfuit comme on sort de scène.

Là mais jusqu’à quand ? Le temps d’un regard qui s’entête à croire que l’avenir se bâtit sur des peut être.

D’étranges spasmes m’étreignent, ce n’est rien après tout, un jour tout s’arrête.

J’ai encore en moi tant de rêves comme un parfum, une concrète, l’effluve de ce qui pourrait être, des images, des mots qui s’entêtent. Mais l’heure tourne, elle obère, elle suit l’ordre des choses, elle obtempère.

Ici, presque parti. Alors que l’instant déjà s’envole, ma vie se voudrait métaphore, encore, encore, encore.

Des battements de cœur m’enserrent, ce n’est rien après tout, tout ne pousse pas, même si l’on s’m.

Je n’ai plus besoin de bagages, les moments forts, les sabordages, me laisseront nus quand viendra l’accostage. Je sens encore le souffle gonfler les voiles, je rêve de voyages, de voyages.

Loin mais pas encore trop. A la lisière des possibles, pas des promesses inaccessibles, j’existe, j’existe

D’autres rencontres m’entrainent, et c’est comme sauter la barrière sans regarder en arrière. Lentement détacher le fil de la bobine, quitter la ville.

Ailleurs…

Longueurs d’ondes

S’il m’était donné de croire, alors j’ai cru. Au plus loin, comme une espérance sans fin. Dans le frôlement des âmes et le bruissement des cœurs, j’ai cru à l’ardeur, à la persistance à l’ampleur. S’il m’était donné d’éprouver alors c’est fait. Au plus près de la peau dans une tacti dermie frissonnante. L’ardeur du sentiment comme seule défense, j’ai ressenti, le jour, la nuit, la vie.